Les nids-de-poule ne disparaîtront pas
L’été, peu à peu, les nids-de-poule sont réparés et on oublie à quel point ils ont attiré l’attention quelques mois plus tôt — cette année encore plus qu’auparavant. Mais il faut s’y résigner : tout recommencera l’année prochaine. Il devient donc important de comprendre les causes de ce psychodrame récurrent.
Les compressions budgétaires successives dans l’entretien des chaussées sont en grande partie responsables du désastre actuel. Depuis 2015, le budget de réfection des chaussées est passé d’environ 250 millions $ par année à 80 millions $ en 2026. Le retard accumulé dans l’entretien des chaussées ne pourra pas être rattrapé rapidement. Cette crise n’est donc que le début d’un mal de tête qui va se prolongerpendant plusieurs années.
Les administrations actuelles et précédentes ont fait de mauvais choix. Denis Coderre a centralisé la ville, Projet Montréal a réduit le budget d’entretien des chaussées et l’administration actuelle a continué dans cette direction en diminuant de 20% en 2026 un budget déjà famélique. La centralisation a laissé les arrondissements centraux au bord de l’asphyxie, incapables d’assumer leur rôle dans l’entretien des infrastructures.
Or quand les services centraux n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs de réfections routières, souvent pour des raisons reliées à la fluidité de la circulation, on balance la charge d’entretien aux arrondissements, en attendant… Mais boucher des nids-de-poule, même avec un appareil automatique sophistiqué, ne peut pas servir de politique d’entretien du réseau routier. Il faut un programme récurrent de réfection routière à une cadence qui respecte la durée de vie utile d’une couche d’asphalte neuf sur une vieille dalle de béton.
Le planage et le revêtement d’une rue à Montréal offre un résultat qui ne peut pas durer plus de vingt-cinq ans. Ouvrez l’œil, vous verrez que les fissures reviennent deux ou trois ans après la réfection de la rue. Et non, ce n’est pas à cause de la qualité de l’asphalte. L’asphalte ne joue pas un rôle structural, il s’agit d’un revêtement servant à protéger la fondation des infiltrations d’eau et à offrir une surface de roulement confortable. Les fissures qui apparaissent sont produites par le mouvement des dalles de béton fissurées, donc par la faiblesse de la fondation de rue.
Étant donné le poids des véhicules lourds, les dalles bougent, les fissures reviennent vite en surface, l’eau finit par passer, la fissure s’ouvre un peu plus, une deuxième fissure apparaît plus loin, et on assiste à ce qui sera bientôt la renaissance d’un nid de poule. Il est possible que de petits nids-de-poule apparaissent rapidement si la dalle est en très mauvais étatLa nature trop faible des fondations est donc au cœur du problème. L’essentiel des chaussées des quartiers centraux sont composées d’une dalle de béton de 200mm, déposée sur un sol argileux, recouverte d’une couche de soixante millimètres d’asphalte. Les dalles de béton, qui ont aujourd’hui autour de cent ans, ne sont pas renforcées d’armature d’acier, et le béton de l’époque était de faible résistance, comparé aux bétons d’aujourd’hui. De plus, le béton est un matériau très performant en compression, mais plutôt faible en flexion. Si on se reporte aux débuts du vingtième siècle, l’excavation en profondeur était coûteuse et laborieuse. Le choix de la fondation en béton permettait de limiter l’excavation à 300mm.
Les villes plus récentes ont fait le choix de fondations flexibles, plus profondes, en matériaux granulaires. Ce type de fondation s’ajuste aux mouvements saisonniers du sol et ne fissure pas comme les dalles de béton. Alors, Pourquoi on ne remplace pas les chaussées rigides (béton) par des chaussées flexibles plus performantes? Parce que ça coûte quatre fois plus cher. Sans compter que même avec un tel budget tombé du ciel, la cadence de remplacement serait encore autour de 2% par année.
Le Service de l’eau contribue tant bien que mal à l’entretien des chaussées. Quand les travaux de remplacement de conduites ou de changement d’entrées d’eau en plomb sont invasives et laissent la rue dans un piètre état, des travaux de pavages sont requis. Il arrive même que le Service de l’eau excave la dalle de béton et construise une chaussée flexible. Mais la cadence de leurs travaux est trop lente pour qu’on puisse compter sur ces travaux pour entretenir le réseau routier. La cadence de travaux majeurs sur le réseau d’aqueduc est en deçà de 1% du réseau annuellement.
En conclusion, A moins d’investissements massifs et récurrents, les nids-de-poule sont là pour rester.
François Gosselin Employé aux travaux publics de la Ville de Montréal de 1990 à 2026, propriétaire résidentiel occupant et nouveau secrétaire de Montréal Pour Tous!
Bon lecture, Pierre Pagé

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